Filtrer les éléments par date : dimanche, 19 janvier 2020

Dimanche 19 janvier à 15h30, Jean-Yves Tadié présentera son livre "Marcel Proust, croquis d'une épopée" (éditions Gallimard), à la Maison de Balzac (Paris XVIe). Entrée gratuite. Plus de renseignements sur ce site.

Plusieurs lauréats du Concours de pastiches proustiens 2019, ont accepté de répondre à quelques questions sur cette expérience. Rappelons que l'édition 2020 est ouverte jusqu'au 31 mars. Et que les textes de tous les finalistes  sont disponibles ici ou .

  1. Pourquoi avez-vous participé au concours de pastiches 2019 ?

Jean-Jacques Salomon (1er prix "professionnel") : Le hasard de ma vie professionnelle – mais peut-être devrais-je plutôt parler de nécessité comme me l’a un jour suggéré un psychanalyste –, le hasard ou la nécessité donc m’ayant amené à rédiger en son temps un petit livre sur la vie des secrétaires sous François Mitterrand, je me suis retrouvé, pour éviter le piège de la page blanche, à raconter le quotidien de ces femmes (car la profession comptait alors très peu d’hommes) à la façon de Proust, Balzac et Stendhal, avec un plaisir dont le souvenir, revenu aussitôt que j’ai appris le lancement du concours 2019, m’a semblé, comme un défi, me dire : « Tu arrives à marcher dix heures de suite, tu rentres toujours dans ton uniforme, mais es-tu encore capable de pasticher La Recherche ? ».

Nicolas Fréry (1er prix "amateurs") : Amateur de pastiches, j’ai appris avoir joie l’existence de ce concours, qui offrait une belle occasion de pasticher un des plus grands écrivains – et des plus grands pasticheurs – qui soient. Trop rarement mis à l’honneur, le pastiche est pourtant un incomparable exercice de critique littéraire : s’attache-on jamais autant qu’en pastichant (puis en amendant son pastiche et en en débattant avec d’autres lecteurs) à identifier ce qui fait la signature propre d’un écrivain, jusque dans des détails ténus et au-delà de l’image convenue qu’on peut en avoir ? Au terme de ce travail, intimidant (car la critique littéraire y frôle plus qu’ailleurs l’écriture personnelle) et particulièrement gratifiant, la voix d’un auteur résonne en nous de façon plus juste, plus familière et plus forte.

Philippe Morel (2e prix "amateurs") : J'ai toujours aimé les pastiches, les lire mais aussi les écrire : entre l'hommage et l'ironie, ils permettent de saisir et de rendre l'essence d'un auteur. Presque une fonction pédagogique, au-delà de l'amusement qu'ils suscitent. Je me suis donc lancé quand j'ai eu connaissance du concours organisé par la SAMP. Pour moi c'était juste une plaisanterie de potache (notamment le calembour du titre, plus proche du Canard enchaîné que de la Recherche du temps perdu ! [Le pastiche écrit par M. Morel s'intitule : A l'ombre, les jeunes flics en pleurs]) et je ne me prenais guère au sérieux (moi, imiter Proust, vraiment ?) ; j'ai été heureux et surpris de recevoir un prix.

Gilles Lucas (3e prix "amateurs") : J'y ai participé parce que j'aime beaucoup écrire et que je pratique le pastiche depuis fort longtemps. Grâce à Marcel Proust notamment dont la lecture de Pastiches et Mélanges m'a enthousiasmé et encouragé à écrire des pastiches. C'est pour moi un jeu littéraire particulièrement créatif et passionnant. Ainsi, il m'est arrivé d'"imiter" (ou de tenter d'"imiter") beaucoup d'auteurs que j'apprécie tels que Flaubert, Stendhal, Zola, Céline ...  Boileau, Molière ... Quand j'ai appris que la Société des Amis de Marcel Proust organisait un concours de pastiche, je n'ai pas hésité. 

  1. Quels conseils donneriez-vous à une personne qui hésiterait à se lancer dans l'édition 2020 de ce même concours ?

Jean-Jacques Salomon : Pour moi, il n’y a pas un, mais des styles proustiens. En revanche, il n’y a bien qu’un homme, à l’esprit récursif et au jugement social malicieux. A celui qui hésite, je dirais qu’il doit se demander non s’il saura écrire à la manière de Proust, mais s’il se sent capable de penser comme lui. Dans ce cas et s’il y trouve du charme, il devrait se lancer. Les mots pour le dire arriveront aisément.

Philippe Morel : D'abord de trouver l'idée, l'angle d'attaque qui restera proche de l'univers proustien. On peut chercher longtemps, suivre des pistes infructueuses avant de trouver son pavé de Guermantes. ​Ecrire le premier jet et le retravailler, bien sûr, comme le disait Boileau : "Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage, ​Polissez-le sans cesse et le repolissez." Il ya le style, évidemment. On peut s'inspirer d'une réflexion de Jean-Yves Tadié pour qui la phrase proustienne doit être "structurée, comporter des images poétiques, des éléments comiques et des éléments de connaissance. Y parvenir n'est pas aisé."

Gilles Lucas : Pas d'hésitation ! Si vous aimez Proust et avez le goût de l'imitation, allez-y ! Se glisser dans le style d'un écrivain aussi renommé, quel plaisir !

  1. Qu'est-ce qui vous a paru le plus difficile dans cet exercice de pastiche proustien ?

Jean-Jacques Salomon : Quand on se lance dans le pastiche proustien, on court le risque de faire la part trop belle à l’inflation des mots. Comment conserver les allers-retours de la pensée qui fondent le genre proustien sans tomber dans la caricature ? La plus grande difficulté a été pour moi d’éviter ce risque tout en sacrifiant aux exercices obligatoires que sont la phrase longue, l’abondance métaphorique et la liberté de ponctuation. La question du dosage, en somme ! 

Nicolas Fréry : Je crois qu’une difficulté majeure qui se présente au pasticheur est d’écrire un texte qui réunisse nombre de procédés emblématiques du style d’un écrivain sans pour autant en être excessivement saturé. D’abord parce que le pastiche, dès lors qu’il n’aspire pas à être une parodie, doit se garder de verser dans la caricature (tout juste peut-il être un miroir grossissant), ensuite parce qu’il ne s’agit pas de constituer mécaniquement un répertoire de particularités stylistiques, mais de tenter de se mouler dans l’univers d’un écrivain. Il en résulte que le pastiche, bien qu’il repose avant tout sur l’imitation du rythme, des tournures, des choix lexicaux, n’est pas un pur exercice de forme : il faut aussi – chose épineuse – avoir l’intuition d’un sujet dont l’auteur aurait pu traiter, et qui soit en harmonie avec les ressources stylistiques déployées. Il n’est pas simple, à cet égard, de développer ce sujet dans un texte qui, malgré sa brièveté, soit doué d’une cohérence interne (alors que l’auteur pastiché ne construit pas nécessairement son œuvre à partir de courtes unités textuelles). Le pastiche, en somme, repose sur un principe de condensation : condensation des traits stylistiques – évitant la saturation – et, bien souvent, condensation de l’anecdote, pour composer un bref texte qui vaille comme un échantillon représentatif tout en ayant un intérêt autonome (car s’il n’en avait pas, pourrait-il donner l’illusion d’être de la plume d’un grand auteur ?).

Philippe Morel : Trouver un thème, une idée. J'ai finalement, et presque fortuitement, fait le rapprochement avec un événement politique de l'année 2018 ; dès lors le titre coulait presque de source et commandait la suite.Je ne sais pas très bien comment cette mayonnaise a pris, l'inspiration aurait pu venir de n'importe où ! Ensuite la rédaction : rester proche de l'auteur, de son univers (événements, personnages,...), de son style, en évitant de copier trop platement tout en restant original. Une sorte de quadrature du cercle.

Gilles Lucas : Trouver un sujet intéressant avec un angle original. Dans mon cas, j'ai fait le choix d'une mise en abyme. Ne pas proposer qu'un simple décalque des épisodes les plus célèbres de la Recherche. Pour ce qui est du ton adopté, je l'ai voulu résolument humoristique. En outre, je me suis demandé s'il fallait situer l'histoire à l'époque de Proust ou aujourd'hui. J'ai choisi notre époque. Au cours de l'écriture proprement dite, composer des phrases longues, par exemple, n'a pas été un exercice aisé.  Grammaticalement parlant, il fallait produire quelque chose de correct.