Page 27 - BRO_Adrien Proust
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Discours d’Adrien Proust,
          lors de l’inauguration du monument à Louis Pasteur,
          Chartres, le 7 juin 1903  2





                   Messieurs,
                   Dans cette ville de Chartres où toutes les époques sont en quelque sorte superposées,
                   depuis la crypte dite de la Vierge Noire qui n’est autre que l’antique sanctuaire
                   des Carnutes où venaient prier les druides, jusqu’à sa cathédrale qui dresse au milieu
                   des plaines de la Beauce l’encyclopédie sculptée du Moyen Age, vous avez voulu
                   que notre âge lui aussi laissât, si modeste fût-elle, une trace de son œuvre, et comme
                   un témoignage de sa foi. Vous n’avez pas voulu prétendre au monument, à quelques
                   pas d’un monument dont la beauté n’avait pas été atteinte avant lui et ne le sera
                   vraisemblablement jamais, mais vous avez pourtant voulu accomplir une juste
                   commémoration.
                   Vous n’y pouviez mieux réussir que par cette composition charmante, émue
                   et profonde et deux fois savante, pourrait-on dire, par l’art du savant qui l’a conçue,
                   par la science de l’artiste qui l’a réalisée.
                   Le souvenir qu’elle doit fixer, l’événement qu’elle relate, il en est peu d’aussi grands.
                   Car si vous voulez bien y songer, c’est ici sur ces champs mêmes de Chartres que
                   fut remportée l’une des plus grandes victoires de la science moderne, une des plus
                   grandes victoires sans larmes, qui assurent pacifiquement à l’humanité des conquêtes
                   définitives.
                   C’est ici même que Pasteur fit une découverte dont la vérité, plus grande en quelque
                   sorte que l’objet auquel elle s’applique, s’étendit immédiatement des animaux,
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                   dont les affections charbonneuses préoccupaient seulement les agriculteurs , à toute
                   l’humanité souffrante, qui n’est pas, hélas ! devenue l’humanité guérie, mais
                   l’humanité au moins chaque jour de plus en plus épargnée.
                   Et plus qu’une autre devait s’y associer notre Académie à laquelle Pasteur ne
                   manquait jamais de venir apporter le bulletin de ses travaux, ses bulletins de victoire.
                   Il communiquait ces notes mémorables qui marquaient en traits ineffaçables tous
                   les progrès accomplis dans l’étude du charbon. A l’heure actuelle, nous ne voyons
                   plus que les résultats acquis. C’est à peine si nous avons conservé le souvenir
                   des obstacles franchis, des combats acharnés que Pasteur a dû livrer à chaque pas




          2.   Association générale des médecins    3.   Maladie commune à l’homme et   à une vaccination de plus grande
            de France. Société locale d’Eure-et-  aux animaux, le charbon, ou fièvre   ampleur réalisée sur les troupeaux
            Loir, nouvelle série, n° 10, 1903.  charbonneuse, touche surtout les   de la Beauce, zone extrêmement
                                      herbivores. Pasteur a expérimenté   touchée par le charbon.
                                      pour la première fois un vaccin
                                      destiné à protéger les troupeaux
                                      à Pouilly-le-Fort (Seine-et-Marne).
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